Réseau de recherche Développement culturel en espace public urbain
Habiter la ville mobile
Renouveler les arts de pratiquer la ville
date de publication : 18/05/2009
Comment les outils numériques participent-ils à façonner les nouveaux usages de la ville au quotidien, notamment les mobilités et l’articulation des différentes échelles spatiales et temporelles de la ville ? A l’heure de la mondialisation, que veut dire « habiter quelque part » ?
Cette question, de nature philosophique, se pose aujourd’hui avec une acuité toute particulière. N’est-il pas paradoxal, à l’heure de l’explosion urbaine et de l’expansion des TIC, de manquer de références théoriques contemporaines qui pourraient guider l’individu au sein de cet espace urbain en plein bouleversement ? « L’habiter » est ici envisagé comme « la pratique des lieux géographiques »(1) au sens où l’entend le géographe Mathis Stock, à savoir l’usage de la ville par tous ceux qui la vivent et l’expérimentent.
Aujourd’hui l’usage de la ville est tributaire d’un espace-temps en constante évolution ; cet usage s’appuie sur une connectivité et une mise en mouvement perpétuelle, imposant la mobilité et la temporalité comme les deux opérateurs de la réalité urbaine contemporaine.
« Stadtluft macht frei » (L'air de la ville rend libre) affirmait Max Weber au début du XXème siècle(2). La ville est en effet nécessité, besoin de l’homme en tant qu’individu autonome et libéré de la contrainte communautaire, mais également en tant qu’être social et sociable. Elle est aussi la condition spatiale de la réalisation de ses propres valeurs et contient une dimension culturelle substantielle. Aujourd’hui la ville ancienne au sens du simple espace bâti et par définition statique existe encore mais elle est vidée de son essence, remplacée par « l’urbain » qui peut se définir comme un nouvel espace-temps. L’espace ne peut plus être assimilé à un lieu stable et immuable, mais s’apparente aujourd’hui à un ensemble de flux et de réseaux. Chacun, en tant qu’individu mais aussi en tant que citadin, habite ces nouveaux territoires mouvants. La condition humaine elle-même s’en trouve changée.
Ce dossier interroge ainsi les potentialités, les conditions et les modalités de l’habiter contemporain et des usages quotidiens de la ville. La problématique qui nous préoccupe ici est moins d’habiter le monde en tant que bâti, que de questionner le fait d’habiter un territoire technologique et mondialisé. Il s’agit d’analyser « l’habiter parallèle », au sein des divers territoires physiques ou virtuels créés dans l’espace urbain.
La mobilité et la temporalité seront ici abordées selon trois axes spécifiques. Nous commencerons ce dossier avec la théorie de l’urbaniste et essayiste, Paul Virilio, qui propose une redéfinition des notions de la sédentarité et du nomadisme. Le nouveau sédentaire serait ainsi en mouvement constant, « il est partout chez lui », alors que le nomade lui aussi en mouvement ne trouverait plus sa place nulle part. Deux articles de Karin Turcin et Caroline Guillot éclaireront l’articulation mobilité-gestion quotidienne du temps, motivant à une transformation des temporalités sociales sous l’effet des TIC et à la prise en compte d’importants effets de « désynchronisation ».
Le deuxième volet du dossier présentera des mises en œuvre concrètes d’expériences qui redéfinissent le paysage urbain, imposant une « ville augmentée » à travers la mise à disposition d’outils numériques. Un premier texte d’analyse de Julieta Leite est complété par les actes du colloque d’Enghien-les-Bains qui invitait Bruno Marzloff, Xavier Comtesse et Maxime Shirrer à l’occasion de la présentation du prototype Ludigo (m-CMS).
Le troisième volet du dossier approchera un « nouveau paradigme de la mobilité » suivant George Amar, articulant mobilité et transports : au coeur des nécessaires nouveaux dispositifs d’innovation, la relation, la mise en relation augurent de grands bouleversements. Le rapport de la sénatrice Fabienne Keller complètera cette analyse prospective en dessinant un nouveau visage et de toutes nouvelles fonctions à la gare contemporaine.
Ce corpus de textes illustre ainsi la question des usages de la ville contemporaine dans le contexte d’un espace-temps en refondation ; l’individu-citoyen-voyageur y est constamment connecté, en mouvement. L’information semble bien unanimement le nouveau compagnon de cette « urbanité augmentée ».
Klio Krajewska
(1) Mathis Stock, « L’habiter comme pratique des lieux géographiques » in Espace–temps.net
(2) in Die Stadt, Max Weber, 1921 ; Max Weber reprend en fait un proverbe du Moyen Age.
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